les corps argentés (2024- )
Face à la montée du backlash transphobe et à la rhétorique selon laquelle la transidentité serait un phénomène « nouveau », il devient urgent de se souvenir, de s’archiver, de témoigner autrement.
Cette tension entre la photographie, médium né d’une volonté de saisir et figer le réel, et le caractère insaisissable de mon identité trans m’a conduit à orienter ma pratique vers le tintype, une technique du XIXe siècle, lente, matérielle et collaborative. L'image, fixée sur une plaque de métal baignée dans du nitrate d’argent, confère au corps une présence presque archéologique, inscrite dans une dynamique de devenir plutôt que dans une immobilité figée. Ce procédé transforme le corps en artefact d’un autre monde, ni passé ni présent, toujours en mutation.
Archiver en tintype, ici, c’est injecter une mémoire queer là où elle a été niée, détourner un outil ancien pour affirmer des présences absentes de l’histoire officielle. C’est créer une histoire parallèle, glitchée, mais avec une densité qu'on ne peut nier. Cette série de portraits, débutée en novembre 2024 dans mon studio et toujours en cours, propose une forme de résistance à l’effacement, tout en acceptant que toute archive transforme ce qu’elle retient. La série a été publiée dans le 10e numéro de Lez Spred The Word.