La magie n’est pas irrationnelle : elle commence simplement là où les explications s’arrêtent. Pour moi, ce lieu, ce sont les accidents de la lumière.

Mon nom est Lou Bou. Je suis un artiste émergent spécialisé dans les procédés historiques photographiques. Je travaille surtout en contexte de studio, espace qui doit être construit, habité et défait à chaque séance. C’est un espace selon moi profondément queer : un non-lieu où (s’)inventer, relationner. En tant que personne trans, je cherche à représenter ma communauté de façon fluide, un défi avec les caméras issues d’un langage de guerre, où toute image doit être visée, tirée, capturée.

C’est pour cela que j’ai choisi de travailler au collodion humide, un procédé du 19ᵉ siècle où l’image se forme sur une plaque de métal ou de verre. Sa lenteur ouvre l’espace à la co-création et à la relation avec les personnes photographiées. Ma démarche devient une forme d'art relationnel, où le jeu et l’échange sont essentiels à l’image.

D’un côté, le studio comme laboratoire social ; de l’autre, la chambre noire comme laboratoire scientifique. Le collodion demande de préparer ses propres chimies, les adapter aux conditions ambiantes et travailler sous un spectre lumineux différent. L’accident n’est donc pas simplement une possibilité du collodion: c’est sa condition et sa poésie. C’est une archive vivante, qui envoie toujours un signe inattendu et provoque la fascination.

Je repense aux peintres du 17ᵉ siècle, qui utilisaient la camera obscura pour étudier la vision humaine. À l’image de ces expérimentations, mon travail photographique repose sur l’étude minutieuse, le protocole et l’observation, ne produisant pas seulement des images, mais de véritables carnets de notes expérimentales. Le regard n’est jamais neutre et la camera obscura, autant celle du 17ᵉ siècle que celle que j’utilise aujourd’hui, ouvre les lois de la lumière que l’œil seul ne saurait saisir. L’image, toujours fabriquée, trace ainsi de nouvelles utopies.


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